01. Compte-rendu du 81ème CE, Alger, sept. 2012
   
 
 
 

COMPTE-RENDU DE LA 81ème SESSION DU CONSEIL EXECUTIF DE LA FMTS (Alger, 2012)

Le CE de la FMTS s’est tenu du 23 au 25 septembre 2012, sous la présidence de Frederico Carvalho, en sa qualité de vice-président du Conseil Exécutif, dans les locaux de l’UDES (unité de développement des énergies renouvelables), à Bou Ismaïl, Tipaza, aux environs d’Alger, sur l’invitation de sa directrice.

Il a rĂ©uni les membres du CE reprĂ©sentants les organisations suivantes :

SNCP-UGTA, Syndicat National des Chercheurs Permanents (S. Zoghbi, AlgĂ©rie) ; API-CSIC, Asociacion Profesional de Investigadores del CSIC (E.Molins, Espagne) ; SNE-Sup, Syndicat National de l’Enseignement SupĂ©rieur (J-P LainĂ©, PrĂ©sident de la FMTS, France) ; SNTASR, Syndicat National de l’AcadĂ©mie des Sciences de Russie, (V. Vdovine, Russie), en prĂ©sence du secrĂ©tariat de la FMTS (J-P Bazin, secrĂ©taire, P Janots, trĂ©sorier, J-P LainĂ©, PrĂ©sident).

Etaient excusĂ©s les membres du CE reprĂ©sentants des organisations suivantes :

SNEU-UGTA, Syndicat national des Enseignants du SupĂ©rieur, (A.Messaoud, AlgĂ©rie) USFSS, US Federation of Scholars and Scientists (S. Juyal,Canada) ; CAST, Chinese Association for Science and Technology (Zongxian, Chine) ; SNCS-FSU, Syndicat National des Chercheurs Scientifiques(D.Jouan, France), SNTRS-CGT, Syndicat National des Travailleurs de la Recherche Scientifique (J.Kister, France) ; UGICT-CGT ; ABIC, (Asociação dos Bolseiros de Investigação Cientifica (SecrĂ©taire GĂ©nĂ©ral, Portugal), FENPROF, Federação Nacional dos Professores (J. Cunha Serra, Portugal) ; SUDES, Syndicat Unique et DĂ©mocratique des Enseignants du SĂ©nĂ©gal (C. Sylla, SĂ©nĂ©gal) ; CSA, ConfĂ©dĂ©ration des Syndicats Autonomes du SĂ©nĂ©gal (M. Diouf, SĂ©nĂ©gal) ; A. JaeglĂ©, PrĂ©sident EmĂ©rite de la FMTS, S. Yuasa, vice-prĂ©sident de la FMTS.

Personnes invitĂ©es prĂ©sentes : J. Rome-Chastanet, reprĂ©sentante de la FMTS Ă  l’UNESCO ; H.Carteron, assistante du prĂ©sident de la FMTS ; E.Wietzel Union GĂ©nĂ©rale des IngĂ©nieurs, cadres et Techniciens CGT (E. ? France)T.Berbar IngĂ©nieur INSERM (France) ; Deux chercheurs Egyptiens. Personnes invitĂ©es excusĂ©es : A. Rahmani, coordinateur national du CNES, (Conseil National des Enseignants du SupĂ©rieur, AlgĂ©rie), N. Alexandrovna (Syndicat de l’AcadĂ©mie des Sciences de BiĂ©lorussie), M.Derrouiche (Syndicat de l’Enseignement SupĂ©rieur du Maroc) ; M. Lalhou, chercheur, Maroc ; S Aouadi et H. Boujarra FGESRS (FĂ©dĂ©ration GĂ©nĂ©rale de l’Enseignement SupĂ©rieur de Tunisie) ; L. Bouguera, Professeur, Tunisie ; A. Shyrokov (PrĂ©sident du Syndicat des Travailleurs de l’AcadĂ©mie des Sciences d’Ukraine.

Les séances se sont déroulées en présence de chercheuses et chercheurs algériens qui ont pris part aux débats.

Exposé d’ouverture du Président Jean-Paul Lainé

Il rappelle les liens anciens de l’AlgĂ©rie avec la FMTS : dès 1973, adhĂ©sion des ingĂ©nieurs algĂ©riens et appel, la mĂŞme annĂ©e, du prĂ©sident Boumedienne, Ă  la ConfĂ©rence des pays non alignĂ©s pour un nouvel ordre Ă©conomique international permettant la coopĂ©ration scientifique au service du dĂ©veloppement ; en 1978 Ă  Alger, Symposium Science, Technologie DĂ©veloppement, suivi de la contribution de la FMTS Ă  la ConfĂ©rence des NU sur la science et la technologie pour le dĂ©veloppement (UNCSTED) ; en 1985, adhĂ©sion de l’Union des architectes, ingĂ©nieurs et Scientifiques d’AlgĂ©rie (UNIASA).

Ainsi le choix de tenir ce 81èmeCE Ă  Alger, rĂ©actualise l’objectif permanent de la FMTS d’une coopĂ©ration scientifique et technologique mettant en Ă©chec le drainage des cerveaux vers les pays du Nord, l’immigration « sĂ©lective » et la fausse libertĂ© du commerce (sous l’égide de l’OMC ) qui ruine les Ă©conomies des pays du Sud en favorisant des investissements Ă©trangers Ă  caractère nĂ©o colonial.

Le président salue la mémoire de François Blumental, précédent trésorier de la FMTS et ancien directeur financier de la CGT et celle de Jean-Marie Legay, président de la FMTS de 1980 à 1992, tous 2 décédés au cours de l’année. (Une minute de silence est observée à leur mémoire).

Un salut est adressĂ© Ă  AndrĂ© JaeglĂ©, retenu Ă  Paris par un grave empĂŞchement familial. J.-P. LainĂ© souligne que dans son discours d’adieu Ă  la FMTS, J.-M. Legay avait proposĂ© une rĂ©flexion critique sur la notion de dĂ©veloppement, contestant l’hypothèse qu’il ne pourrait exister « qu’un seul modèle de dĂ©veloppement » (rĂ©flexion très Ă©clairante pour les travaux de ce CE 2012).

Puis il analyse le contexte mondial : sous-estimation du changement climatique (sommet de Rio rĂ©duit Ă  des vĹ“ux pieux), persistance du recours Ă  la guerre (violation du TNPN, exercice du droit d’ingĂ©rence, indiffĂ©rence occidentale aux menaces de guerre israĂ©liennes, montĂ©e de l’extrĂŞme droite en Europe et aux USA mais Ă©mergence de rĂ©sistances (Espagne, Tunisie, Egypte…), notamment dans la jeunesse.

Dans ce contexte la FMTS Ă  un rĂ´le Ă  jouer : promotion d’une Ă©ducation sans exclus et formant Ă  l’esprit critique ; dĂ©fense d’une conception de la science, qui soit critique par rapport Ă  l’illusion scientiste comme par rapport aux courants « antiscience », afin de relever le triple dĂ©fi climatique, Ă©nergĂ©tique et alimentaire ; dĂ©fense d’un statut des travailleurs scientifiques garantissant l’indĂ©pendance et la qualitĂ© de leurs travaux ; promotion d’une Ă©valuation du travail scientifique intĂ©grant les avis de la sociĂ©tĂ© civile et des syndicats.

Vie de la FMTS : le secrĂ©tariat doit s’étoffer inter-nationalement. Les groupes de travail doivent dĂ©velopper des Ă©changes plus continus. Une modification des statuts visant Ă  mieux remplir ces objectifs est proposĂ©e. Un message d’AndrĂ© JaeglĂ© souligne que la FMTS, est une organisation tournĂ©e vers l’international et non une ONG nationale ce qui lui confère Ă  l’UNESCO des fondements solides pour « labourer le champ Ă©thique, science et sociĂ©tĂ© ».

Rapport du trésorier, Pascal Janots

Il rend hommage à François Blumenthal qui nous a permis d’être hébergés à la CGT et d’avoir des comptes sains. Il présente un compte de bilans sur une période de plus de 10 ans. Les finances de la FMTS sont saines ce qui garantit son indépendance.

Les fluctuations dans les recettes et dépenses sont liées aux évènements différents selon les années et à la récupération d’arriérés de cotisations.

Il présente les comptes d’exploitation et une projection de l’activité budgétaire sur plusieurs années. Il indique que la révision des statuts doit permettre le changement des comptes bancaires et l’adéquation avec nos besoins nouveaux. Le président souligne l’effet positif de l’effort de récu-pération des cotisations et rappelle aux organisations affiliées que la FMTS dépend du versement des cotisations. La subvention de la CGT est maintenue et son montant est en cours de négociation.

Proposition de F Carvalho : Ă©tablir une règle pour fixer le montant des cotisations en fonction des pays. La prochaine AG votera le montant des cotisations. J.-P. LainĂ© annonce que la dette de l’AlgĂ©rie est Ă©pongĂ©e par le travail fourni pour l’organisation de ce CE. Le rapport financier est approuvĂ© Ă  l’unanimitĂ©.

Débat général

J.-P. LainĂ© invite Ă  dĂ©velopper la rĂ©flexion sur notre stratĂ©gie (initiĂ©e par le document n°12 de A.JaeglĂ©) autour des 3 points qu’il a soulignĂ©s : le recours Ă  la guerre, la sous-estimation du changement climatique, la montĂ©e de l’obscurantisme.

L’analyse globale de la genèse des crises (environnement, croissance, démographie, répartition des ressources) doit être poursuivie. Sinon on ne débouchera que sur des conflits (J.-P. Bazin).

Les pays riches dĂ©clenchent les guerres pour prĂ©server leurs conditions de vie (besoins Ă©nergĂ©tiques). La science et la technologie doivent pouvoir jouer leur rĂ´le pour rĂ©soudre ces crises, or on manque de cadres scientifiques (baisse du nombre de chercheurs dans l’UE, dĂ©chĂ©ance gĂ©nĂ©rale de l’école) avec 2 exceptions : la recherche militaire et financière (F.Carvalho).

Sur le climat :

La question des comportements pollueurs (associĂ©s aux « libertĂ©s politiques ») dans les pays riches est soulignĂ©e (chercheur CREAD) ; mais peut-on changer les comportements dans un système aussi puissant ? Il faut travailler Ă  une vision globale du destin de l’humanitĂ© (environnemental, social, Ă©conomique) (J.Rome-Chastanet).

Ceci ouvre sur la question idĂ©ologique : au Nord les « libertĂ©s politiques » sont soumises Ă  l’idĂ©ologie vĂ©hiculĂ©e par les medias (J.-P. LainĂ©). LES PVD « consomment » les idĂ©es Ă©laborĂ©es par les puissances occidentales et fournissent les ressources consommĂ©es au Nord. L’aide alimentaire (NU), les ONG, participent de ce processus (syndicaliste AlgĂ©rien).

La pollution doit ĂŞtre Ă©valuĂ©e par habitant (pas par nation). La taxe carbone vise Ă  enrichir les grandes compagnies. Il faut sortir d’une vision Ă  court terme et poser la question de quelle substitution possible au moteur Ă  explosion (F.Carvalho). L’électricitĂ© est l’activitĂ© « la plus polluante du monde », la voiture Ă©lectrique ne peut ĂŞtre une solution (E. Molins).

L’utilisation des nouvelles technologies peut-elle seule rĂ©soudre la question des inĂ©galitĂ©s ?(CREAD).).

La question du bien être constitue le seul indice valide du développement. (J.-P. Bazin).

En conclusion : sans une nouvelle vision du monde, avec une solidaritĂ© Nord-Sud, la technologie ne peut fournir de solution globale [NDLR].

Pour l’action :

Il faut traduire les idées en projets concrets pour la FMTS (J.-P. Lainé).

Il faudrait encourager le dialogue Sud-Sud (Afrique, Amérique latine) et dans ce but organiser des conférences régionales pour définir des projets concrets(R. Dittman).

Sur la stratĂ©gie au sens plus large, reprise du document n° 12-13 par F. Carvalho :

La science n’est plus dans la situation de 1946. Elle est impuissante à combattre seule les inégalités et les guerres. Le progrès social est indissociable du développement durable et plus seulement de la croissance. Il faut apprendre à vivre autrement.

Les militaires financent une grande partie de la recherche. Les conséquences de l’accroissement des connaissances sont imprévisibles. Il faut construire une politique d’action collective (scientifique, professionnelle, syndicale face à cette situation. Le travailleur scientifique ne peut être isolé. Il doit être engagé et acteur de progrès dans un dialogue permanent avec les autres citoyens pour arracher le progrès social à l’emprise des marchés financiers.

Concrètement, pour tuer la spéculation financière il faut proposer la taxe Tobin pour diminuer le nombre des transactions et inventer de nouveaux critères pour mesurer le progrès social. Les luttes seules permettent d’avancer (J.-P.Bazin).

Le texte d’AndrĂ© JaĂ©glĂ© propose une dĂ©marche : dĂ©noncer le système actuel, identifier les causes, clarifier la notion de « dĂ©veloppement » au service des peuples. La FMTS est le lieu pour poser ces questions (les Organisations AffiliĂ©es peinent Ă  le faire au niveau national). Notre tâche est de faire partager cette problĂ©matique aux organisations affiliĂ©es (P. Janots). Nous devons vĂ©hiculer l’idĂ©e que la croissance ne s’identifie pas au progrès social (exemple des USA) (F.Carvalho).

L’éducation est un point essentiel. Elle doit ĂŞtre publique : lutter contre sa marchandisation. Il faut d’autre part reconnaĂ®tre tous les types de connaissances y compris traditionnelles (pas d’impĂ©rialisme cuturel) (H. Carteron). Il faut introduire l’éducation dans la stratĂ©gie (F. Carvalho). Il faut dĂ©velopper « l’alphabĂ©tisation scientifique » des populations. Il faut s’ouvrir aux jeunes et aux femmes (J. Rome-Chastanet).

DĂ©bat sur la question de savoir si la stratĂ©gie doit ĂŞtre « nĂ©cessairement » progressive. Des ruptures peuvent ĂŞtre nĂ©cessaires (J.R-C). Pas de consensus sur ce point (J.-P. B). Le grand capital ne cĂ©dera pas il y aura des confrontations sanglantes(F.C). Des invitĂ©es algĂ©riennes soulignent qu’au Sud, cette violence existe dĂ©jĂ .

Perspectives sur les activités de la FMTS

La lettre : elle doit faire connaĂ®tre les documents. L’objectif est d’alimenter le dĂ©bat dans les organisations affiliĂ©es. Envisager la traduction en Arabe, en Russe… Le site web : le changer ; faire des propositions de maquette pour l’AG (P. Janots). Se concentrer sur la mise Ă  jour (grand retard) et travailler Ă  l’architecture informatique pour favoriser le fonctionnement autonome des groupes (J.-P. Bazin). Que met-on dans le site ? Qui Ă©crit ? DĂ©finir des groupes d’utilisateurs, avec diffĂ©rents types d’accès (F. Carvalho). Alerter par mail sur les nouveautĂ©s paraissant sur le site. L’AG doit ĂŞtre prĂ©parĂ©e par tous : faire participer les organisations affiliĂ©es (P. Janots). Comment diffuser les idĂ©es Ă  l’extĂ©rieur ? Listes de diffusion, rĂ©seaux sociaux ? (Emmanuel, UGICT). Penser Ă  des communiquĂ©s de presse, des avis adressĂ©s aux organismes internationaux, aux gouvernements ? (H. Carteron). Faire apparaĂ®tre dans la presse algĂ©rienne ce qui s’est passĂ© ici (J.-P. Bazin). Faire apparaĂ®tre l’importante activitĂ© de la FMTS Ă  L’UNESCO : Propositions FMTS adoptĂ©es, Organisation de confĂ©rences sur l’eau (J. Rome-Chastanet).

SĂ©minaire : La recherche dans les « Pays en Voie de DĂ©veloppement »

Allocution du Directeur de la Recherche Scientifique et du DĂ©veloppement Technologique en AlgĂ©rie DGRSDT(invitĂ©) :

Le maintien de la recherche sous tutelle française jusqu’en 1971, puis une succession d’orientations politiques diffĂ©rentes, les annĂ©es noires (1990-1998) du terrorisme qui ont entraĂ®nĂ©es 26 milliards de perte pour l’économie, 200.000 morts et la perte de nombreux emplois expliquent le faible nombre actuel de chercheurs. Le nombre actuel de chercheurs varie de 210 Ă  620 par million d’habitants (mh) suivant le mode de calcul, il est infĂ©rieur Ă  la moyenne mondiale (1100/mh), pour 1800/mh au Maroc, 2000/mh en Égypte et 4.200 en France par exemple. Sur 100.000 Ă©tudiants algĂ©riens migrants 12% sont revenus, car leur retour n’avait pas Ă©tĂ© prĂ©parĂ© (fuite des cerveaux et diaspora importante). Le premier plan quinquennal de 1998 tente de rĂ©pondre aux besoins de l’AlgĂ©rie avec la mise en place d’un statut dans le cadre de la fonction publique, la crĂ©ation de nouveau laboratoires de recherche en partie financĂ©s par les revenus pĂ©troliers (2%), la crĂ©ation de poste d’accueil pour chercheurs Ă©trangers bĂ©nĂ©ficiant de conditions attrayantes. Le souci d’une politique de la recherche est très rĂ©cent : efforts pour favoriser le retour des Ă©tudiants formĂ©s Ă  l’étranger, pour augmenter le nombre de docteurs et depuis 2008 mise en place d’un système de formation d’ingĂ©nieurs de recherche, mais avec un problème de dĂ©bouchĂ©s professionnels. Les chercheurs et enseignants chercheurs prĂ©sents dĂ©noncent la « sĂ©grĂ©gation » introduite par le DGRS entre docteurs et titulaires de magister et ingĂ©nieurs, problème rĂ©sultant en partie des politiques menĂ©es avant les annĂ©es 2000.

-  Le reprĂ©sentant du SĂ©nĂ©gal absent pour un problème de visa n’a pu prĂ©senter sa contribution-

Contribution d’Elies Molins :

La recherche dans la « pĂ©riphĂ©rie » de l’Europe : exemple de l’Espagne [1]. Situation en tension : Les pays de l’Europe du Sud ont donnĂ© une importante contribution Ă  la science en formant beaucoup de chercheurs. En Espagne la croissance est de plus de 20% depuis 2001, mais beaucoup se sont expatriĂ©s. Le nombre de femmes a augmentĂ©. Le nombre de publications est proche de la moyenne europĂ©enne. Cependant, la rĂ©duction de moitiĂ© des salaires dans le secteur public, le non renouvellement des dĂ©parts ont induit plus rĂ©cemment, une baisse du nombre de chercheurs. La recherche privĂ©e souffre d’un faible taux d’investissement. La recherche publique souffre d’une allocation des crĂ©dits orientĂ©e vers les « projets compĂ©titifs ». Dans l’optique d’un dĂ©veloppement soutenable il faut lutter pour maintenir une organisation publique de la recherche et rĂ©flĂ©chir au changement de modèle de dĂ©veloppement.

Contribution de Frederico Carvalho (Portugal) :

La Recherche Scientifique dans les pays en voie de dĂ©velop-pement : quels objectifs, quelle organisation, quelle politique ?[2]

Une conjonction de crise menace la survie de notre espèce. La faim, les besoins énergétiques, la détérioration du climat affectent les populations de vastes régions du globe.

La responsabilité des professionnels de la science et de la technique est de rendre les citoyens conscients de la nature de ces crises et d’indiquer des voies pour s’attaquer aux défis qui en relèvent.

Il s’agit d’une crise systémique relevant de choix politiques. La liberté du commerce et de la circulation des capitaux ruine les pays pauvres. Ils doivent avoir le droit de protéger leur économie par la régulation de l’investissement étranger, les droits de propriété intellectuelle et la fin de l’exploitation effrénée de leurs matières premières.

La notion de développement doit dépasser l’objectif quantitatif de la croissance économique. La réduction des inégalités dans une économie globale stationnaire doit être visée.

La recherche scientifique relève de choix politiques qui dĂ©terminent l’affectation des ressources et relèvent de la place de la science comme facteur de progrès social dans la conscience des dĂ©cideurs. L’exemple du Portugal (pays Ă  « dĂ©veloppement intermĂ©diaire ») permet d’identifier les facteurs d’efficacitĂ© d’une politique de recherche permettant d’amĂ©liorer les conditions de vie des citoyens.

Cette politique doit aussi donner une place importante à la recherche fondamentale sans objectifs à court terme et doit être consciente de sa valeur intrinsèque notamment pour la formation des jeunes à la méthode scientifique.

La lutte pour une éducation de qualité suppose en effet de développer l’esprit critique, la créativité et l’intérêt pour la science dès l’école élémentaire. Il faut former des cadres qualifiés pour la recherche et développement et offrir aux jeunes chercheurs, techniciens et ouvriers de la recherche la perspective de véritable carrière avec des conditions de travail raisonnables.

Les besoins économiques et sociaux doivent orienter la recherche appliquée. Celle-ci doit être assurée par des organismes de financés par l’Etat afin d’être protégée des conflits d’intérêt. Des structures d’évaluation indépendantes et compétentes doivent vérifier régulièrement l’activité et les résultats obtenus. Le financement sur projet ne peut s’imposer comme seule source de financement. Le financement récurrent est indispensable pour ne pas déstabiliser le travail, de recherche et ne pas pervertir l’orientation des projets en fonction des préférences des commissions qui les sélectionnent.

Plusieurs chercheurs et chercheuses algĂ©rien(ne)s interviennent. Ils (elles) soulignent la nĂ©cessitĂ© que l’état construise des politiques de la recherche en dĂ©finissant le chercheur comme celui qui a une production scientifique et non en fonction de son grade acadĂ©mique. Il faut donc remettre en cause le modèle acadĂ©mique calquĂ© sur l’occident qui maintient les blocages par l’intermĂ©diaire d’une minoritĂ© de mandarins. « Comment cesser d’être des consommateurs » et construire une identitĂ© culturelle pour jouer « notre rĂ´le » en recherche et dĂ©veloppement ? Par ailleurs les chercheurs doivent pouvoir ĂŞtre employĂ©s et non chĂ´meurs. Les chercheurs formĂ©s en France ne reviennent pas car ils ne trouvent pas leur place. Le SNCP (Syndicat National des Chercheurs Permanents) a posĂ© le 1er les revendications sur la recherche et discutĂ© 5 annĂ©es avec le gouvernement pour qu’il commence une rĂ©flexion sur la recherche et qu’émerge la question du statut des chercheurs. Aujourd’hui il y a une loi mais les moyens manquent. « Nous n’arrivons pas Ă  montrer l’impact de la recherche dans le dĂ©veloppement du pays ».

E. Molins souligne la nĂ©cessitĂ© d’introduire une conscience scientifique dans les populations, et de passer Ă  une « conscience planĂ©taire ».

Les politiques d’état pour la recherche sont nécessaires. En Europe les syndicats et la FMTS doivent agir pour qu’il y ait des collaborations et de vrais échanges avec les PVD et pas seulement des étudiants qui viennent dans de mauvaises conditions et ne retournent pas chez eux (P. Janots).

Conclusion du PrĂ©sident J.-P. LainĂ© :

Tous les pays sont de fait solidaires et doivent partager les savoirs (tous les savoirs, savoir-faire, traditions). Il souligne le rĂ´le de l’état et la nĂ©cessitĂ© de services publics gĂ©rĂ©s dĂ©mocratiquement avec la participation de toutes les catĂ©gories de personnels. Le syndicalisme doit interpeller l’état sur les conditions Ă©conomiques dans chaque pays et dĂ©fendre les salaires, les statuts et des conditions de travail Ă©panouissantes : l’activitĂ© scientifique ne peut ĂŞtre sous pression. Il faut pouvoir rĂ©introduire, la lenteur, la vision Ă  long terme. Il dĂ©clare que la FMTS doit ouvrir un chantier sur le dialogue mĂ©diterranĂ©en par des rĂ©unions rĂ©gulières Reprise du dĂ©bat sur la stratĂ©gie et l’action de la FMTS :

IdĂ©e centrale : renforcer le dialogue avec les organisations affiliĂ©es / Plusieurs propositions concrètes : Élargir le secrĂ©tariat aux vice-prĂ©sidents en utilisant Skype. Traduire les CR de secrĂ©tariat en anglais, en Arabe, pour les syndicats maghrĂ©bins, (proposition de Smati). Les mettre sur le site. Faire du site un outil de dialogue : y mettre tous les documents (prĂ©cĂ©dents et ceux de ce CE). Les OA doivent envoyer des propositions de textes au secrĂ©tariat notamment pour prĂ©parer l’AG de 2013. Elles peuvent envoyer des informations sur leurs pays (nouvelles lois, Ă©volutions de la recherche, des statuts, statistiques).

Action : nous avons fait ici une expĂ©rience nouvelle de rencontre avec les syndicats et le gouvernement.

-  L’entrevue avec le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’UGTA : crĂ©er les conditions pour dĂ©finir des objectifs concrets de relations entre les organisations et d’appui des syndicats du Nord Ă  ceux du Sud. Un plan d’action est nĂ©cessaire pour un dialogue Nord-Sud autour de la MĂ©diterranĂ©e avec 2 thèmes retenus : le drainage de cerveaux et les relations sciences fondamentales et sciences appliquĂ©es.

Smati revient sur l’utilité de fédérations régionales.

J. Rome-Chastanet rappelle la nĂ©cessitĂ© d’une vision commune d’une sociĂ©tĂ© de « mieux–être et non de plus avoir » et que la « croissance » ne signifie pas la mĂŞme chose au Nord et au Sud. L’AlgĂ©rie innove dans le dĂ©veloppement durable tandis qu’au nord les dirigeants continuent de sous estimer le changement climatique.

Les syndicalistes algĂ©rien(ne)s font part des difficultĂ©s rencontrĂ©es : après 5 ans de rĂ©unions avec le ministère, les avancĂ©es obtenus dans le dialogue social ne sont pas apparues au moment de la promulgation de la loi sur la recherche. Les mandarins ont bloquĂ© en imposant « l’excellence ». La fonction publique a rĂ©duit Ă  minima les propositions sur le statut au nom de « critères nationaux ». Il y a un problème de rapport de forces : les chercheurs se mobilisent peu pour soutenir les propositions syndicales. Les ONG sont sollicitĂ©es par le gouvernement au dĂ©triment des syndicats (rĂ´le pervers).

J.P Bazin appelle Ă  une collaboration dans l’optique des groupes de travail : sur les problèmes spĂ©cifiques de condition des chercheurs en AlgĂ©rie notamment de barrage entre les catĂ©gories.

F. Carvalho suggère un document critique sur la notion « d’excellence » et sur celle de « dĂ©veloppement ».

La relation syndicale Nord-Sud doit s’entendre comme un renforcement du rapport de force pas seulement comme une production d’idĂ©e (P.Janots). Il faut des actions intersyndicales (Emmanuel, UGICT). Il faut promouvoir la « solidaritĂ© syndicale » par rapport aux actions engagĂ©es, sans ingĂ©rence (Dalila syndicaliste SNCP).

Modification des statuts :

prĂ©sentation en vue de l’AG. Le projet prĂ©sentĂ© (documents n°14 et 15) est une proposition en vue de l’AG de 2013. La question des comptes bancaires a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e (ci-dessus). P.Janots : Les statuts doivent ĂŞtre simplifiĂ©s pour rĂ©pondre Ă  nos besoins et Ă  l’identitĂ© de la FMTS en favorisant le dialogue international.

Propositions : 1° Supprimer le bureau mais Ă©largir le secrĂ©tariat Ă  3 reprĂ©sentations internationales (via Skype). 2° Etablir un règlement intĂ©rieur pour le fonctionnement de l’AG et l’établissement des cotisations. Les propositions des membres seront discutĂ©es par toutes les organisations affiliĂ©es. L’exigence principale est la transparence. La proposition de statut sera sur le site. (Suggestion : y dĂ©dier un espace Ă  la discussion). 2 questions sont posĂ©es : 1° le respect de la paritĂ© (Emmanuel) ; 2° la langue : la notion de « langues de travail » (français et anglais) est contestĂ©e au nom du droit fondamental Ă  s’exprimer dans sa langue maternelle (J.Rome-Chastanet). Le document est approuvĂ© par vote Ă  l’unanimitĂ© en tant que base de travail.

La prĂ©paration de l’AG (document n° 23 rĂ©digĂ© par V. Vdovine) Elle sera organisĂ©e en Russie (A Moscou puis Ă  Nijni Novgorod, après courte discussion) en septembre 2012. Vis-Ă  vis de l’AcadĂ©mie et des autoritĂ©s Russes il faut dĂ©clarer quels membres viendront. Le sujet du sĂ©minaire ouvert doit ĂŞtre discutĂ© d’ici octobre. Proposition de P.Janots : les jeunes scientifiques (question du « brain drain », de la mobilitĂ©, des statuts, des perspectives d’emploi. La notion de « mobilitĂ© » est contestĂ©e. Finalement les 4 points sont retenus par les membres prĂ©sents mais « mobilitĂ© » et « brain drain » doivent ĂŞtre distinguĂ©s. V. Vdovine signale qu’il a invitĂ© Ă  Alger des syndicats de pays issus de l’ex-URSS (BiĂ©lorussie, Ukraine) qui ont des projets d’adhĂ©sion mais qui n’ont pas pu venir et ont des problèmes financiers. Le prĂ©sident propose que les cotisations soient Ă©tablies en fonction des rentrĂ©es des organisations. L’ensemble des propositions concernant l’AG est approuvĂ© Ă  l’unanimitĂ©.


 [1]

 [2]

1- Voir sur le site de la FMTS-WFSW l’intĂ©gralitĂ© de cette intervention dans le Power Point d’Elies Molins intitulĂ© : « Science and Research in the Europe Periphery : the case of Spain ».l’article

2- Voir sur le site de la FMTS-WFSW l’intĂ©gralitĂ© de cette intervention sous le titre indiquĂ©.l’article

31 mars 2013  
 
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