01. De Copenhague Ă  Cancun, quel rĂ´le pour les scientifiques ?
   
 
 
 

Déclaration de la Fédération mondiale des travailleurs scientifiques

Le rĂ©sultat de la ConfĂ©rence de Copenhague avait provoquĂ© une très grande dĂ©ception et beaucoup d’inquiĂ©tude dans une grande partie de l’opinion publique. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’Ă©volution du climat (GIEC) avait indiquĂ© dans son 4ème rapport, les chiffres de rĂ©duction d’émission de CO2 auxquels il faudrait s’astreindre pour enrayer une Ă©volution dangereuse du climat. La ConfĂ©rence s’est achevĂ©e sans engagements sur ces chiffres de la part des États.

Certains scientifiques avaient contestĂ© les affirmations contenues dans le rapport du GIEC quant Ă  l’importance du rĂ´le des activitĂ©s humaines dans le rĂ©chauffement climatique. Il n’est pas de la vocation de la FĂ©dĂ©ration mondiale des travailleurs scientifiques de prendre position sur le bien fondĂ© de ces contestations. Le dĂ©bat scientifique est normal. Il fait partie du processus d’avancĂ©e des connaissances. La vĂ©ritĂ© scientifique n’est pas le rĂ©sultat d’un vote majoritaire. Toutefois, Ă©tant donnĂ© la gravitĂ© du risque, l’existence d’une opinion scientifique majoritaire doit ĂŞtre prise en compte quelles que soient les conjectures sur l’affinement possible de ces connaissances dans le futur. On ne peut pas attendre pour agir « de voir ce qui s’est produit en fin de compte et qui avait raison » ! C’est tout le sens de Copenhague et de la dĂ©ception qui s’en est suivie.

L’avenir de la Planète Terre et de la SociĂ©tĂ© humaine qui l’habite dĂ©pend des activitĂ©s humaines Ă  un point tel que la rĂ©alisation d’une volontĂ© mondiale commune est devenue une nĂ©cessitĂ© absolue pour maĂ®triser cet impact. Les risques inhĂ©rents au changement climatique ne sont pas les seuls risques engendrĂ©s par le dĂ©veloppement Ă©conomique. Sont en cause l’ensemble des problèmes de pollution et autres nuisances, ainsi que le gaspillage des ressources naturelles et leur Ă©puisement. Les consĂ©quences de ces gaspillages apparaĂ®tront tĂ´t ou tard comme aussi redoutables pour notre avenir que celles liĂ©es Ă  l’émission de gaz Ă  effet de serre. Qu’il s’agisse des effluents agricoles, industriels ou domestiques, il faut donner la prioritĂ© aux procĂ©dĂ©s conduisant Ă  la rĂ©gĂ©nĂ©ration complète des intrants. Il est urgent de mettre un terme au gaspillage des matières premières, des richesses de la planète en gĂ©nĂ©ral et pas seulement au gaspillage des combustibles fossiles. Ce « nouveau dĂ©veloppement » impliquera un immense effort de recherche scientifique dans des directions jusqu’ici ignorĂ©es ou nĂ©gligĂ©es.

Il n’avait pas manquĂ© de voix pour affirmer que l’échec de Copenhague Ă©tait prĂ©visible. Le vĂ©ritable obstacle est connu : c’est la mise en cause de puissants intĂ©rĂŞts Ă©conomiques. Les mesures contraignantes que l’on espĂ©rait voir adopter par la ConfĂ©rence de Copenhague avaient de lourdes consĂ©quences pour la compĂ©titivitĂ© des Ă©conomies nationales. Une fois de plus le dogme de la concurrence prĂ©tendument libre Ă  l’échelle mondiale se rĂ©vèle ĂŞtre un obstacle au dĂ©veloppement durable. Ceci souligne aussi la nĂ©cessitĂ© de disposer d’organismes scientifiques favorisant l’indĂ©pendance intellectuelle et l’indĂ©pendance Ă©conomique de ses membres. Il faut en finir avec ce dogme. Il faut instaurer un nouveau type de relations Ă©conomiques mondiales.

Nous sommes arrivĂ©s Ă  un stade d’exacerbation oĂą toute entreprise est menacĂ©e d’être absorbĂ©e et de disparaĂ®tre si ce n’est pas elle qui absorbe les autres. La « concurrence libre et non faussĂ©e » sur laquelle veille l’OMC est un mythe qui contribue Ă  dĂ©truire les solidaritĂ©s et les missions publiques existantes. La libre circulation des capitaux et la domination des marchĂ©s financiers ont ouvert le règne des prĂ©dateurs. Pour ne pas ĂŞtre mangĂ© il faut manger l’autre. Comment ne pas voir que, dans ces conditions, les efforts de rĂ©duction d’émission de gaz Ă  effet de serre sont compromis ? C’est le court terme et le « le chacun pour soi » qui l’emporteront. Comment imaginer qu’on puisse maĂ®triser la croissance si on ne met pas un terme Ă  une situation oĂą il n’est point de salut hors une course effrĂ©nĂ©e Ă  la croissance ? Et comment ne pas comprendre qu’un État qui laisse son Ă©conomie nationale perdre toute indĂ©pendance se condamne Ă  perdre lui-mĂŞme tout pouvoir, tout moyen d’action quant Ă  la mise en Ĺ“uvre d’un accord international comme celui qu’on espĂ©rait de Copenhague.

Ce type de croissance est devenu insupportable. Des milliards d’êtres humains sont maintenus dans un état de pauvreté compromettant la maîtrise de la démographie. Loin de se limiter au blocage des efforts pour un développement durable, les méfaits de ce type de croissance se manifestent aussi dans la définition des politiques scientifiques et dans tous les domaines de la vie économique et sociale. L’éclatement de la crise financière mondiale en 2008 en apporte une preuve supplémentaire.

Nous ne nous estimons pas compĂ©tents pour critiquer les institutions onusiennes Ă  qui certaines voix font porter la responsabilitĂ© de l’impasse actuelle. Mais notre conviction est que la solution passe par un accord entre les États. Il dĂ©pend d’eux que l’on sorte de la dynamique Ă©conomique actuelle, obstacle principal Ă  la maĂ®trise du dĂ©veloppement. Ils doivent s’accorder pour :

• mettre un terme Ă  la libre circulation des capitaux par l’instauration de règles protĂ©geant notamment les États contre les fuites de capitaux en rĂ©action Ă  la rĂ©alisation de projets de dĂ©veloppement durable ;

• contraindre les banques centrales et les institutions financières internationales Ă  promouvoir des politiques monĂ©taires, de crĂ©dit et d’épargne privilĂ©giant les besoins de l’économie rĂ©elle ;

• substituer au dogme de la concurrence prĂ©tendument libre et non faussĂ©e, particulièrement dans l’action de l’OMC, le principe de relations commerciales Ă©quitables dans le cadre d’accords internationaux multilatĂ©raux ;

• reconnaĂ®tre des règles de protection de son Ă©conomie lorsqu’un État entreprend unilatĂ©ralement d’introduire dans sa production agricole ou industrielle des transformations conformes aux recommandations du GIEC ou Ă  d’autres impĂ©ratifs du dĂ©veloppement durable ;

• bannir l’exportation de produits polluants par les pays riches vers les pays sous-dĂ©veloppĂ©s ;

• encourager la crĂ©ation ou la restauration de services publics dans les domaines oĂą l’intĂ©rĂŞt collectif l’exige : transport, Ă©nergie, eau, santé…

Les travailleurs scientifiques du monde entier, qu’ils appartiennent au monde académique ou au monde de l’industrie ont un rôle à jouer. Il y va de l’image de la science et de l’idée que l’opinion se fait de la responsabilité des scientifiques dans le contenu de la croissance et de la signification du progrès.

17 octobre 2010  
 
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