07. La science et les chercheurs en Urss et en Russie postsovietique
   
 
 
 

par Evgheni Novosselov

Pour comprendre la situation présente de la communauté scientifique de Russie et les vicissitudes de deux dernières décennies il faut évoquer le rôle de la science et des chercheurs en Union Soviétique, c’est le contenu de la première partie de ce texte. Les transformations socioculturelles de la période postsoviétique sont examinées dans la deuxième partie. Les résultats de ces transformations que perçoivent les chercheurs russes sont brièvement décrits dans la partie conclusive.

La période soviétique évoquée sans dénigrement ni éloges

Il faut tout d’abord mentionner quelques faits historiques que les mass media russes dominés parles libéraux passent sous silence ou falsifient cyniquement.

1) L’idéologie officielle s’est définie en Union Soviétique la doctrine scientifique marxiste-léniniste, par conséquent le projet politique et socioculturel du Parti-État (PCUS) était, selon les documents et les déclarations des dirigeants du Parti, l’application pratique de la théorie élaborée par les sages fondateurs et adaptée et complétée par leurs disciples. Cette spécificité du système soviétique a déterminé le prestige, le rôle important de la science et des savants-chercheurs dans tous les domaines de l’économie nationale et de la vie de la société.

2) Dans les annĂ©es 20-30 l’objectif du Parti bolchevique (la dĂ©nomination PCUS est utilisĂ©e a partir des annĂ©es 60) Ă©tait d’établir sa domination totale et durable non seulement dans le domaine de la politique, mais aussi dans celui des idĂ©es et valeurs (on voit que l’ambition des chefs du Parti Ă©tait, pour ainsi dire double, politique et religieuse Ă  la fois). Deux moyens ont Ă©tĂ© utilisĂ©s : la divulgation scientifique et l’art engagĂ© pour Ă©clairer les travailleurs et obtenir leur adhĂ©sion enthousiaste au “projet rouge” (communiste) ; en ce que concernait les couches sociales classĂ©es comme hostiles (cette “classification” a Ă©tĂ© absolument arbitraire) le pouvoir soviĂ©tique a largement utilisĂ© la coercition et mĂŞme la violence. Il est notoire que sur le plan des pratiques politiques les prĂ©curseurs historiques des bolcheviks russes ont Ă©tĂ© des jacobins français, il faut ajouter que leur prĂ©curseur en Russie fut l’empereur Pierre le Grand, fameux rĂ©formateur autoritaire, qui rĂ©alisait des idĂ©es europĂ©ennes par des moyens asiatiques et pendant 30 ans de son règne a rĂ©duit la population du pays de 25%.

3) La Grande guerre Nationale (1941-1945) et la guerre froide ont montrĂ© aux dirigeants soviĂ©tiques l’importance de la bonne coordination de la recherchĂ© fondamentale et de l’industrie des armements y compris la recherchĂ© appliquĂ©e. Dans les annĂ©es 60-70 le prestige de la science Ă©tait inĂ©branlable ; l’AcadĂ©mie des sciences de l’URSS Ă©tait l’institution la plus respectĂ©e dans le pays après le Comite Central du PCUS (avec lequel les liens de coopĂ©ration Ă©taient très Ă©troits) ; les Instituts de l’AcadĂ©mie n’avaient pas de problèmes du financement. Les chercheurs, en premier lieu les physiciens (les chimistes, les mathĂ©maticiens et d’autres aussi) Ă©taient bien rĂ©munères. Grâce au cinĂ©ma et Ă  la littĂ©rature, ils Ă©taient de vrais hĂ©ros de cette Ă©poque-lĂ . Il y avait pourtant un aspect nĂ©gatif : leur activitĂ© professionnelle et leur vie privĂ©e Ă©taient tenues sous le contrĂ´le rigide par des services spĂ©ciaux. Une expression du langage courant en dit long : “travailler dans une boite postale”. Après avoir appris que Michel ou Nathalie “travaille dans une boite ” on ne posait plus de questions sur ce thème ; cette règle Ă©tait respectĂ©e par tout le monde.

4) Les historiens, sociologues, économistes, philosophes et autres spécialistes en sciences sociales étaient en URSS un groupe socioprofessionnel privilégié dans le sens que leur horaire du travail était flexible déjà dans les années 60. Le système soviétique dans ce domaine contrôlait les idées et les conceptions, pas les itinéraires et l’emploi du temps comme dans “les boites” susnommées. Le contrôle était donc idéologique. Cette mission délicate fut confiée aux fonctionnaires du parti et aux dirigeants des ministères qui, eux aussi, étaient sélectionnés par le Comite Central du PCUS. Ce rouage fonctionnait parfaitement, mais pour la société, pour le pays, ce n’était pas bénéfique à cause de l’incompétence des dirigeants qui devaient prendre les décisions.

Citons quelques passages des mĂ©moires de l’acadĂ©micien Juri Iaremenko, directeur de l’Institut des prĂ©visions Ă©conomiques de l’AcadĂ©mie des sciences de Russie (après sa mort prĂ©maturĂ©e son ami et collaborateur a publiĂ© le texte enregistrĂ© approuve par l’auteur de son vivant). J. Iaremenko explique ainsi la spĂ©cificitĂ© du système Ă©conomique soviĂ©tique :”C’était un Ă©norme système productif ayant l’objectifs bien prĂ©cis, Ă  savoir la production des armements efficaces pour garantir la puissance de l’État. Le trait spĂ©cifique de ce système productif, c’était l’absence de critères Ă©conomiques d’évaluation, puisque par sa nature la gestion de ce système n’était pas Ă©conomique. Par consĂ©quent, en URSS les thĂ©ories Ă©conomiques classiques n’étaient pas valides. Il fallait crĂ©er une thĂ©orie nouvelle.”[1] L’économiste soviĂ©tique J. Iaremenko a commencĂ© ce travail, il a publie un certain nombre d’articles et un livre hautement apprĂ©ciĂ© par ses collègues, mais ses idĂ©es et propositions, comme on dit dans les cas pareils, sont restĂ©es sur le papier Ă  cause de l’incompĂ©tence de ses interlocuteurs haut places. Son explication est très prĂ©cise : “Les dirigeants de notre industrie ne comprenaient pas le fonctionnement des rouages de l’économie soviĂ©tique. A cette Ă©poque chez nous le lexique Ă©conomique Ă©tait très pauvre”.

Force est de constater que la situation Ă©tait la mĂŞme partout ailleurs : le lexique sociologique (historique, culturologique etc.) Ă©tait Ă©galement très pauvre. Alexandr Zinoviev, philosophe et historien, obligĂ© d’émigrer au dĂ©but des annĂ©es 70 (quelques annĂ©es plus tard il a obtenu le Prix Alexis De Tocqueville), a formulĂ© ainsi la cause de l’immobilisme des sciences sociales eu URSS, nĂ©faste pour le pays et le peuple : “L’idĂ©ologie soviĂ©tique, dite marxisme-lĂ©ninisme, est devenue l’apologie du soi disant socialisme rĂ©ellement existant et en tant que telle Ă©tait hostile Ă  l’égard de l’analyse scientifique de la sociĂ©tĂ© indispensable pour son Ă©volution.”.[2]

5) Face aux restrictions et interdictions idĂ©ologiques plusieurs chercheurs soviĂ©tiques ont fait une excellente carrière en tant que critiques des conceptions antimarxistes des sociologues, Ă©conomistes, politologues, historiens occidentaux. M. Gorbatchev a recrutĂ© ses conseilleurs parmi ces personnes intelligentes et Ă©rudites qui connaissaient bien les conceptions occidentales, mais ignorait les rĂ©alitĂ©s soviĂ©tiques. C’était une des causes (pas unique, certes) de l’issue pitoyable de la fameuse perestroĂŻka. “On a essayĂ© de solutionner le problèmes Ă©conomiques du système soviĂ©tique utilisant les mĂ©thodes capitalistes”, remarque avec sarcasme A. Zinoviev. “Au lieu d’analyser les causes rĂ©elles de la crise on s’est mis Ă  chercher les coupables, les boucs Ă©missaires. On les a trouvĂ© sans difficultĂ©s : Staline, Kroutchev etc. A l’analyse et la rĂ©flexion scientifiques s’est substituĂ©e une orgie de dĂ©nigrement de tout ce qui Ă©tait soviĂ©tique”.[3]

On peut rĂ©sumer ainsi le susdit : le fait que le Parti-État (PCUS) a interdit l’analyse scientifique de la sociĂ©tĂ© soviĂ©tique, ayant rendu impossible son Ă©volution et son adaptation aux changements extĂ©rieurs du caractère Ă©conomique et socioculturel, est Ă  l’origine de la chute de l’URSS, de la dĂ©sintĂ©gration du système soviĂ©tique. Ce facteur fut essentiel.

La communauté scientifique de Russie “après l’URSS”

La pĂ©riode dite postsoviĂ©tique du point de vue des chercheurs peut ĂŞtre divisĂ©e en trois Ă©tapes :

-   celle, la plus brève, des illusions dissipĂ©es par le rĂ©gime eltsinien (1992-93),
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-   celle de l’émigration des plus actifs et mobiles et de l’adaptation des plus habiles, tandis que pour la majoritĂ© c’était le temps de la survie pĂ©nible (1994-2000) ;
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-   enfin, le prĂ©sent, caractĂ©risĂ© Ă  la fois par la rĂ©signation de ceux qui subsistent et la rĂ©sistance des chercheurs devenus syndicalistes et militants des mouvements sociaux.
-   Il faut prendre en considĂ©ration que l’attitude critique des chercheurs soviĂ©tiques Ă  l’égard des dogmes et des druides de l’idĂ©ologie officielle marxiste-lĂ©niniste n’était pas du tout l’expression de leur opposition au socialisme. La majoritĂ© absolue des chercheurs (et des citoyens soviĂ©tiques soit dit Ă  ce propos) voulait le socialisme “au visage humain” et en plus la possibilitĂ© de lire les livres sans sĂ©lection idĂ©ologique prĂ©alable et d’acheter les produits alimentaires et la bière sans faire la queue.

Après la défaite en août de 1991 de son adversaire .Gorbatchev et la désintégration de l’URSS, Eltsine et son équipe de néophytes zélés du libéralisme ont annoncé les couleurs, c’est-à-dire ont opté pour le capitalisme (utilisant d’ordinaire l’euphémisme l’économie de marche). Cette option du pouvoir exécutif a provoqué la rupture avec la communauté scientifique dans le domaine des idées. Le coup d’état sanglant en octobre de 1993 perpétré par Eltsine et ses proches fut de ce point de vue un événement symbolique.

De l’autre part l’Académie des sciences de Russie fut constituée par le décret présidentiel signé par Eltsine (en Union Soviétique il y avait l’Académie de l’URSS et des Académies dans toutes les républiques sauf la Russie). Le Président de la nouvelle Académie Jouri Ossipov est venu à Moscou de Sverdlovsk sur l’invitation de Eltsine qui voulait apparaître en Russie et dans le monde un dirigeant moderne, éclairé qui reconnaît le rôle important de la science et des institutions scientifiques. Il faut mentionner encore un fait historique bien connu en Russie, mais sous-estimé dans les pays occidentaux. Tandis que les conseilleurs de Gorbatchev étaient tous des académiciens, l’entourage de Eltsine a été recruté parmi les jeunes diplômés, intelligents et ambitieux (certains d’entre eux étaient disciples des académiciens que consultaient Gorbatchev), ils savaient les théories et les conceptions américaines aussi bien que leurs professeurs, mais — comme eux — ne savaient pas la situation réelle en Russie. A la différence des académiciens qui parlaient en première personne, les jeunes arrivistes du “staff” eltsinien ont pris des précautions invitant un certain nombre d’experts occidentaux (ils ignoraient complètement la spécificité de l’économie soviétique, mais cela n’avait aucune importance, puisqu’ils ont été invites comme des alliés utiles dans les combats médiatiques prévus et programmes par les néolibéraux russes).

Les savants russes, par contre, après avoir constaté les erreurs commises par les ministres libéraux et leur consultants ont essayé d’engager la discussion sérieuse. En 1996 fut publié en Russie le livre intitulé “Les reformes vues par des savants américains et russes”[4]. Dans ce recueil on a publié des contributions des économistes américains (L. Clain, J. Tobin, C. Arrow, L. Taylor et d’autres) et russes (académiciens O. Bogomolov, D. Lvov, L. Abalkine, V. Macarov et d’autres) qui critiquaient la politique du gouvernement libéral de Russie. Le pouvoir n’a pas réagi à l’initiative des économistes. La politique d’indifférence à l’égard des chercheurs est appliquée sans défaillance par le pouvoir jusqu’à présent. Le gouvernement de Russie a constitué quelques centres de recherche dits autonomes. Il a toujours des experts à sa guise. Les Instituts de l’Académie peuvent librement déclarer et publier tous ce qu’ils veulent, le pouvoir ne prête aucune attention à ces déclarations et publications. C’est la conception de la liberté introduite en Russie par les soi disants réformateurs.

Cette attitude du pouvoir est, certes, humiliante pour les chercheurs, mais ce n’est pas l’épreuve la plus dure subie par la communauté scientifique russe dans les années 90. Le gouvernement a réduit considérablement le financement de l’Académie, donc les rétributions des chercheurs. De cette manière le pouvoir a expulsé des labos la moitie des chercheurs. Le Syndicat des travailleurs de l’Académie des sciences de Russie au moment de sa fondation en juin 1992 avait 175 000 adhérents, en 2001 il n’en avait plus que 90 000. Ce résultat spectaculaire a été obtenu sans licenciements massifs, sans pressions, sans coercition.

Les gens ont fait librement leur choix : certains ont Ă©migrĂ© (rien qu’aux États-Unis les chercheurs d’origine russe Ă©taient environ 67000 en 2004) ; d’autres ont changĂ© de profession pour devenir commerçants ambulants, gardiens ou chauffeurs etc. La dissipation des ressources humaines d’une telle ampleur qu’on a vu en Russie dans les annĂ©es 90 a Ă©tĂ© un phĂ©nomène socioculturel exceptionnel par son absurditĂ©. Le dĂ©gât subi par la Russie est Ă©norme.

À partir de 2005, les chercheurs des Instituts de l’Académie ont obtenu des augmentations. A la fin de 2008 la rétribution mensuelle moyenne des chercheurs, selon la déclaration du Président de l’Académie J. Ossipov, fut égale à 30 000 roubles (700 euros environ). Mais les dirigeants de l’Académie ont oublié que depuis longtemps les chercheurs travaillent en équipes avec les techniciens et les ingénieurs et que la contribution de ceux-ci est indispensable pour obtenir le résultat positif. Le décalage existant des rétributions de ces deux catégories des travailleurs est lourd de conséquences négatives (le départ massif des techniciens sous-payes). Le Syndicat a plusieurs fois critiqué cette carence du système retraite.

La majorité des chercheurs russes, ce sont a présent les gens pauvres ou ayant les revenus modestes. Quant à l’Académie, ce n’est pas le cas, puisque à Moscou, à St.Peterbourg et dans quelques grandes villes de nombreux Instituts ont des immeubles confortables construits à l’époque soviétique entourés d’espaces verts. Certains spéculateurs en feraient volontiers bon usage… La gestion plus efficace des biens immobiliers de l’Académie est le thème des mass-media électroniques depuis quelques années. Les problèmes de la recherché et des chercheurs suscitent moins d’intérêt et ne sont examinés que très rarement

La propriété immobilière que possèdent les Instituts de l’Académie des sciences est à l’origine de l’attaque déclenchée contre la communauté scientifique de Russie en 2006. Un groupe d’experts prétendument indépendants a publié dans l’Internet le projet de statuts des Académies d’État (outre l’Académie des sciences il y a en Russie l’Académie des sciences agricoles, l’Académie des sciences médicales et l’Académie des sciences pédagogiques). Ce projet commandité par le Ministère de l’éducation nationale et de la recherché prévoyait la suppression de l’autonomie des Académies en ce que concerne la gestion des finances et de la propriété, c’est-à-dire la transformation de celles-ci en structures privées gérées par des managers.

Ce texte a provoqué l’indignation de la communauté scientifique qui a donné la riposte aux réformateurs et aux commanditaires anonymes âpres au gain. Le 22 mars la réunion extraordinaire des représentants de plusieurs Instituts tenue à Poutchino (ville scientifique située aux environs de Moscou) a approuvé le document qualifiant la politique du Ministère susnommé “destructive et nuisible à la recherché nationale”. Ce document contenait aussi la revendication de la retraite du ministre A.Foursenko. Quelques jours plus tard, le 27 mars, l’Assemblée générale, organe collectif dirigeant de l’Académie des sciences composé d’un millier des académiciens et des membres correspondants a approuvé a l’unanimité (avec une abstention) le projet des Statuts élaboré par la commission spéciale constituée par la Présidence de l’Académie. Le Ministère et les affairistes anonymes ont subi une défaite.

Entre temps la communautĂ© scientifique a entrepris encore une tentative d’entamer le dialogue avec le pouvoir dont la nĂ©cessitĂ© est perçue par la sociĂ©tĂ© face Ă  la faillite Ă©vidente du projet libĂ©ral en Russie. Les faits confirmant cette constatation sont nombreux. Ici il est suffisant de citer deux parmi les plus accablants : la dĂ©population du pays ne cesse pas depuis dĂ©jĂ  une quinzaine d’annĂ©es, parce que la mortalitĂ© dĂ©passe de loin la natalitĂ©. Le dĂ©gât dĂ©mographique a dĂ©passĂ© 10 millions de personnes. Le taux des pauvres selon les donnĂ©es statistiques officielles est Ă©gal Ă  14% de la population ; mais, selon les estimations du Centre du niveau de vie en Russie, cet indicateur atteint 45,5%[5]. Un groupe de savants russes a donc prĂ©parĂ© le rapport collectif intitulĂ© “RĂ©flexions Ă  propos de la conception et du programme du dĂ©veloppement Ă©conomique et social de la Russie pendant la pĂ©riode jusqu’a 2015”[6]. Ce rapport constate l’état dĂ©plorable de plusieurs secteurs de l’économie nationale et contient une sĂ©rie de propositions, après la prĂ©sentation Ă  la rĂ©union de la SociĂ©tĂ© Ă©conomique. Libre le 4 juillet 2007 le texte est disponible sur quelques sites internet. Dans la prĂ©face les auteurs du rapport ont mis en relief “le devoir des chercheurs de porter Ă  la connaissance de ceux qui prennent les dĂ©cisions les rĂ©sultats des Ă©tudes impartiales et les conclusions basĂ©es sur les connaissances scientifiques, sans engagement idĂ©ologique”. Cette initiative des chercheurs comme toutes les prĂ©cĂ©dentes n’a pas donnĂ© le rĂ©sultat escomptĂ©. Le pouvoir n’a pas rĂ©agi parce que il ne veut pas reconnaĂ®tre publiquement la faillite de sa politique.

Les acquisitions et les pertes : bilan ambigu

La libération des chercheurs russes du contrôle obsessif et même destructif de l’idéologie soviétique est sans doute une acquisition très importante, un changement qualitatif positif par rapport au passé. Le prix payé pour la liberté par la communauté scientifique de Russie (et par toute la société) fut très élevé. Nombreux sont ceux qui estiment qu’il fut exorbitant. Ce thème sera certainement discuté en avenir.

Résumant succinctement les pertes subies par la communauté scientifique il faut nommer au moins trois facteurs. Premièrement, dans la société existante actuellement en Russie la science, la communauté scientifique ne sont plus les protagonistes qu’elles ont été — en dépit de la tutelle de l’idéologie officielle — en Union Soviétique. La société libérée de l’idéologie soviétique est devenue en moins de vingt ans la société de marché. A ce propos le président du club “La parole libre” le professeur Valentine Tolstikh a écrit récemment dans son article “Le pays imite d’une manière irréfléchie les modèles économiques, politiques et culturels étrangers incompatibles avec notre patrimoine…La société de marché (il ne s’agit pas de l’économie du marché en Russie), ou tout se vend et s’achète, une telle société n’ira pas loin…”[7]. Ce résultat décevant des transformations économiques et sociales des quinze dernières années concerne tout le peuple, mais en premier lieu sa couche intellectuelle.

Deuxièmement, l’émigration massives des chercheurs russes provoquée par l’incompétence du pouvoir a assené un coup extrêmement douloureux à la communauté scientifique. Si on n’examine pas seulement l’aspect quantitatif de ce phénomène (le nombre des émigrés) force est de constater que maintenant dans les labos on voit de sages grands pères et leurs petits fils débutants, tandis que les adultes pleins d’énergie créative et ayant l’expérience pratique sont peu nombreux, parce que ils ont trouvé des emplois en Allemagne, en Corée du Sud et en Australie. Le mécanisme de l’interaction de trois générations de chercheurs a été rompu en Russie dans les années 90. Plusieurs experts estiment que c’est irréparable, d’autres sont moins pessimistes. En tous cas ce problème est très grave.

La recherche fondamentale reste dans le secteur public, donc l’Académie des sciences de Russie, est une institution financée par l’État. Dans les discours du chef de l’État et des personnalités les plus connues dans le pays, la création en Russie de l’économie base sur les connaissances est soulignée régulièrement comme l’objectif prioritaire. Il faut donc stimuler les chercheurs, faire de la recherche fondamentale la profession attractive et prestigieuse ce que implique des rétributions adéquates. Le niveau actuel est reconnu satisfaisant uniquement par le Président de l’Académie (tel est le sens de ses déclarations publiques), tous les autres qui sont au courant de la situation présente au marché du travail estiment que les chercheurs russes sont sous-payés. Le décalage par rapport aux pays économiquement développés reste trop grand.

12 février 2009  
 
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