02. Les défis pour le mouvement syndical et les ONG
   
 
 
 

par Joao Cunha Serra

Fen Prof - Portugal

En tant que responsable syndical d’enseignants-chercheurs et de chercheurs au Portugal, j’identifie plusieurs défis, auxquels nous nous sommes confrontés, pas seulement à mon pays, mais partout dans la planète, dus surtout à la mondialisation capitaliste néolibérale, quoique cette dernière soit maintenant en crise sévère.

1. Comment répondre de façon efficace à la pression pour la rentabilité économique de l’enseignement supérieur et de la recherche et pour sa soumission au marché ?

2. Comment assurer que l’intérêt public prime sur l’intérêt privé ?

C’est à dire :

Comment assurer le mieux possible que l’enseignement supérieur et la recherche restent un bien public, de la responsabilité de l’État ?

3. Comment défendre et promouvoir la liberté académique et l’indépendance scientifique dans un contexte de prévalence de orientations politiques vers la rentabilité économique, la gestion privée entrepreneuriale et le marché ?

4. Comment assurer la qualité et l’équité à travers le système, permettant la diversité mais contrariant l’inégalité ?

5. Comment garantir la démocratisation à l’accès et à la fréquentation de l’enseignement supérieur ?

6. Comment assurer que les enseignants-chercheurs et les chercheurs disposent du droit à une carrière et à un poste de travaille stable, et aussi à de conditions sociales justes, y compris salariales, de retraite, de protection en cas de chomage, etc.

Tous ces défies sont complexes et il faut chercher de nouvelles réponses aux nouvelles réalités.

Le nouveau rôle de la Science

A mon avis, ce qui est nouveau, c’est le haut niveau de perception atteint par les pouvoirs privés, ainsi que par les pouvoirs publics, du fait que la science est, de façon de plus en plus importante, sans oublier la formation des cadres – voire le processus de la Déclaration de Bologne –, un facteur essentiel pour faire croître la compétitivité économique de chaque pays, mais aussi et surtout des grands blocs économiques, comme c’est le cas de l’Union Européenne.

La science, bien plus que au 19éme siècle et la plus part du 20ème, est une condition pour l’innovation technologique. Elle précède la technologie et pas l’envers, c’est a dire, elle plus rarement que auparavant sert pour expliquer et fournir les bases théoriques de phénomènes où des inventions initialement surgis au niveau pratique, comme cela été le cas, par exemple, de la machine à vapeur. Maintenant les avancées technologiques dépendent fortement de la recherche, voire la recherche dite fondamentale, ce qui est un aspect à ne pas dévaloriser.

Ce que la réalité exige

On ne peut pas tout simplement faire comme si cette réalité n’existait pas, parce que cette attitude comporterait le risque de réduire la base d’appui pour combattre avec succès les batailles contre la marchandisation et la gestion privée, et en faveur de la liberté académique.

Établir en équilibre

Alors, le défi c’est, n’ignorant pas cette réalité, d’être capable d’établir un équilibre qui est très difficile et, pour ça, très exigeant pour la part des organisations syndicales, parce que on risque de, en tout voulant préserver, tout risquer de perdre. Il faut être préparé pour négocier – faire des compromis – pour aboutir à sauvegarder les principes fondamentaux sur lesquels on ne peut pas trafiquer.

La difficulté majeur c’est que le temps où était facile de mobiliser les gens en les présentant des consignes courtes et claires, n’est plus la. Peut être il reviendra avec l’approfondissement de la crise actuelle.

Par exemple :

Accepter la participation externe

Il faut accepter, si c’est le cas, le défi d’avoir des représentants de la société au gouvernement des universités, pourvu qu’ils restent en position minoritaire, face aux représentants des enseignants-chercheurs et que la gestion reste entièrement publique.

Combattre le corporatisme

Il faut reconnaître que trop fréquemment se manifestent des positions corporatives qui empêche une meilleure efficacité e une meilleure efficience en l’accomplissement des différents missions de l’université.

Gestion plus efficace

Il faut accepter des façon plus agile et plus capable de mettre en place avec efficacité des options stratégiques prises par le conseil de direction des institutions, pourvu que les droits de participation et la collégialité des décisions, en ce qui concerne les affaires académiques et scientifiques, ne soient pas mises en cause.

Promouvoir l’interdisciplinarité

En particulier, il est de plus en plus important de faciliter le travail multidisciplinaire, celui qui pourra fournir les solutions indispensables pour guérir la planète et garantir un avenir digne pour toute l’humanité. Cette nécessité est parfois difficulté par une tendance immobiliste que les organisations syndicales ne peuvent pas encourager ou appuyer, au prix d’une légitimation des solutions néolibérales qu’il faut combattre.

Combattre les Universités-Fondations

Tout cela est une condition pour être à mesure de combattre avec probabilité de succès la recette néolibérale des universités-fondations dites « publiques avec gestion selon le droit privé » qui, avec ses conseils d’administration, entièrement composées par des gens extérieurs à l’université, nommés par le gouvernement, visent, sinon immédiatement – parce qu’il fallait convaincre les universités à accepter le modèle – mais à moyen terme, le total désengagement de ’État en ce qui concerne le financement de l’enseignement supérieur et de la recherche, et sa soumission au marché.

L’expérience portugaise

Au Portugal, nous avons, dès quelques jours, trois universités-fondations qui ont été institutionnalisées pour décision d’assemblées comportant une majorité absolue de représentants des enseignants-chercheurs. Cela signifie que on ne peut pas se reposer sur l’existence d’une majorité de collègues aux conseils de direction des universités, comme nous savons d’ailleurs quand il s’agit d’autres questions.

Éviter na promiscuité entre Université et affaires

Un autre souci c’est comment éviter la promiscuité entre université et affaires commerciales. Il faut parvenir tant que possible à séparer les procédures et les instances de recherche de ceux de l’innovation, de façon à sauvegarder le mieux possible les missions à long terme de l’université.

Systèmes d’évaluation idoine

Il faut aussi assurer que les systèmes d’évaluation ne seront pas dominés par des critères de rentabilité économique ou par des critères de marché. La FENPROF au nom de la CGTP participera avec ce souci à un conseil consultatif de l’agence d’évaluation et d’accréditation récemment mis en place par le Ministre, après presque 4 années d’une évaluation bureaucratique faite par un département du Ministère.

Défendre la stabilité d’emploi

En ce que concerne la précarité de l’emploi scientifique, pour la combattre il faut accepter que la stabilité d’emploi peut seulement être atteint après que des qualifications prescrits ont été acquises et que une évaluation par les paires a été réalisée avec un raisonnable degré d’exigence, pourvu que les conditions de formation et de travaille sont assurées.

Ceci dit, il faut être très exigeant en ce qui concerne à l’existence d’un corps nettement majoritaire d’enseignants-chercheurs et de chercheurs à temps plein, consacré exclusivement à l’université ou à sa institution de recherche, avec stabilité d’emploi. Il faut promouvoir en permanence la Recommandation de l’UNESCO concernant la condition du personnel enseignant de l’enseignement supérieur (1997) et sa soeur concernant la condition des chercheurs scientifiques (1974).

13 février 2009  
 
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